Be zen

Je sais bien que les aéroports sont des lieux stressants, m'enfin quand même. J'ai beau être plutôt tolérante au bruit et compatissante au malheur des autres, y'a pas à dire, parfois, j'ai envie de distribuer les baffes. 

Alors aujourd'hui, plutôt que de me mêler du conflit du couple d'à côté ("parce que tu comprends, pour 6kg de surplus de bagages, ils auraient pû faire un effort quand même... parce qu'avec la taxe qu'on a payée, ton sirop d'érable, il nous reviens à 8 fois le prix qu'on aurait payé à Paris - oui, mais celui là il est fait au Canada" parce que tu crois que celui que tu achètes en France il est fait à Rungis ?!? "Ouais, enfin ça me fait une belle jambe, quelle bande de *** ces Canadiens !" hey, dugenou, tu voles avec Air France non ? Parfois, je ne suis pas fière de la couleur de mon passeport), j'ai décidé de mettre mon temps de cerveau disponible à réfléchir à des améliorations d'aéroport. 

Partie A. Détermination du statut du voyageur. 

1. Faire passer un test de stress à l'entrée de l'aéroport. Exemple : un gars vous dit "en raison des conditions climatiques, votre vol a été avancé de deux heures". Si votre fréquence cardiaque reste constante, vous gagnez votre macaron zen. Voir la suite quant à son usage. Bien entendu, si vous disposez déjà de votre macaron zen, le gars en question vous souhaite juste un bon voyage, en accompagnant cela d'un beau sourire. 

2. Les voyageurs réguliers, plutôt que de souscrire à des programmes de fidélité qui rapportent des miles que l'on ne peut jamais utiliser parce que ce n'est pas le bon vol, pas la bonne date, pas la bonne compagnie ou que, pas de chance, il faudrait seulement 10 miles de plus pour que ça marche, pourraient quant à eux décider de gager des points zen convertibles en macarons : plus vous avez de points zen, et plus la puissance de votre macaron est élevée (je jure allégeance à la première compagnie aérienne qui m'offre ça dans son programme de fidélité). Voir la suite pour la puissance des macarons zen. 

Partie B. Règles pour tous les possesseurs de macarons zen. 

1. Les possesseurs de macarons zen ont accès à toutes les files "zen" qui ne sont pas des files prioritaires, mais juste des files réservées. 

2. Les possesseurs de macarons zen ont accès à toutes les zones d'attentes "zen", qui sont exactement identiques aux autres zones (pour ne pas les confondre avec les lounges, laissons l'excellence là où elle est, et laissons aux riches hommes d'affaire le plaisir d'avoir accès au luxe). 

Partie C. Règles pour les personnes ne possédant pas de macaron zen. 

1. Il est interdit de voyager en famille. En particulier, on séparera tous les couples mère-fille et père-fille, surtout si la fille possède un short bien trop court et/ou un téléphone portable. On séparera aussi, de fait et sans discrimination d'âge, de sexe, ou de quoi que ce soit d'autre, tous les parisiens, et toutes les personnes affichant fièrement des signes extérieurs de richesse. 

2. Chacun personne devra s'acquitter des différentes tâches (enregistrement, sécurité, etc.) seule. Les familles pourront être reconstituées dans les zones d'attente devant les portes d'embarquement, et aucunement avant cela. 

3. Il est strictement interdit d'ouvrir sa valise au milieu de la file du check-in pour donner "ses affaires lourdes" à quelqu'un d'autre de peur de payer cette fameuse taxe (non mais, de quel droit suis-je obligée de voir vos petites culottes et de sentir vos chaussures de rando qui puent !). Tout contrevenant à cette règle se verra immédiatement renvoyé à la fin de la file d'attente et paierai la taxe de fait. 

Partie D. Avantages aux porteurs des macarons zen - gamification du voyage.

Les porteurs de macaron zen, en plus de bénéficier (de ce qui devrait être un droit) de la possibilité de voyager en paix, pourront, en fonction du niveau de leur macaron, avoir accès aux avantages suivants : 

Niveau 1 : droit de "bannir" les enquiquineurs (en leur faisant perdre des points dans leur classement zen). Par exemple, ils pourront attribuer -1 point à toutes personne les poussant dans la file d'attente, et -5 points aux utilisateurs de chariots qui leur roulent sur les pieds (pourra monter jusqu'à -10 points si le chariot est utilisé uniquement pour transporter un sac à main. 

Niveau 2 : accès à la file réservée "moi il ne me faut pas 20mn pour vider mon sac à dos" au security check. 

Niveau 3 : accès à la file réservée "oui, je voyage seule, mes papiers sont en règle et je ne suis pas recherchée par la police" à la douane. 

Niveau 4 : accès à la file réservée "je regarde le tapis de loin, et je ne me colle pas au bord pour gêner tout le monde alors que ma valise n'arrivera que dans 10mn" à la récupération des bagages. 

Niveau 5 (niveau ultime) : droit d'exiger de n'être entouré que de passagers zen dans l'avion. 
Ahhh... si seulement. 

Bon, je vous laisse, mon avion décolle bientôt et il ne reste que 5 personnes dans la file d'attente pour l'embarquement. 

Amélie. 

P.S : vous vous doutez bien que je ne pense pas tout à fait tout ça. Je ne suis pas pour la séparation des familles. M'enfin... si les non-zen pouvaient ne pas voyager le même jour que moi... 

P.P.S : bon, tout cela vous semble peut-être extrême... mais passez donc 7h à attendre dans un aéroport, et vous verrez que le délire s'installe vite. 

P.P.P.S : oh, pendant que j'y suis... et même si ça n'a rien à voir (ou presque) : quand est-ce que les compagnies aériennes comprendront qu'il est plus simple de faire rentrer les passager par colonnes que par ligne ??? Parce que franchement, c'est nul de faire rentrer en dernier les gens qui sont côté fenêtre. 

Commentaires

  1. Ouais, mais le zénisme s'acquiert avec le nombre de miles parcourus; les pauvres familles n'ont la plupart du temps les moyens de prendre l'avion qu'une fois tous les deux ou trois ou cinq ans. On peut comprendre qu'elles soient paniquées! Toutefois, je suis d'avis de museler, menotter et enchaîner les ados et de confisquer leurs portables jusqu'à leur sortie de l'aéroport. Et pendant que j'y suis, et sur un autre sujet, leur interdire l'usage de tous les deux roues!

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  2. Excellente relation de l'ambiance du pré embarquement. Nous nous régalerions tout autant, j'en suis certain, sous ta plume, de celle de l'embarquement lui-même dans l'aéronef. Tu l'as évoquée avec le "coté fenêtres" mais je te vois bien narrer la confusion régnant dans l'habitacle quand ceux qui sont déjà assis (des tricheurs, certainement) se payent les effluves de dessous de bras et les coups de coude de ceux et celles qui se battent (et viennent se rebattre encore plusieurs fois après) avec les portes des coffres à bagages pour y récupérer le doudou oublié ou le flacon de parfum soit disant rafraîchissant mais qui ensuite vous pourrira les narines pendant tout le voyage. Et que dire du débarquement quand à l'arrêt des moteurs on entend le clac simultané de 300 ceintures de sécurité (inutiles d'ailleurs) signifiant une ruée aberrante de 1200 membres s'enchevêtrant pour tenter d'ajouter encore à la confusion en arrachant des coffres, sans ménagement les sacs trop gros quon y a bourrés, en faisant s'abattre les portes sur les têtes de ceux qui sont prudemment restés assis ? Là, il y aurait des macarons-zen à gagner pour qui reste stoïque dans cette atmosphère de film catastrophe américain !

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  3. Voyez-vous, ma chère nièce, ça ne m'étonne point que l'on perde patience dans ces antichambres de la peur, du mal de l'air, du mal aux jambes, des sièges trop étroits, trop courts, des ceintures anti-gros et de tout ce que dit ton père. Cela dit, le mieux serait de refouler les non zen à coups de fouet. J'affirme. Au moins ça défoule.

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